A Innsbrück, une Coupe Davis à l’isolement

La coupe Davis reprend ce jeudi dans trois villes : Madrid, Turin et Innsbruck. Pas de chance : les Bleus sont en Autriche, où le gouvernement a décrété en urgence un confinement pour lutter contre le Covid. Ca donne une atmosphère un peu surréaliste. Malgré les restrictions sanitaires, RMC a décidé d’être présent.

Rallier Innsbruck via l’Allemagne aura été une sacrée aventure. Le charme de la coupe Davis probablement… Mais j’ai préféré le périple chez Dracula – allusion à un Roumanie-France à Sibiu, en Transylnanie en 2008 – que les six heures bloqué sur une autoroute dans une voiture qui n’avançait pas à mesure que l’on approchait d’une frontière autrichienne cadenassée. Dans vingt ans, je n’oublierais jamais où je me trouvais lors d’un match de poule Ligue des Champions Manchester City-PSG.

Le confinement décrété par le gouvernement a provoqué des embouteillages monstres. Rarement vu autant de poids lourds sur une autoroute. Certains n’ont pas hésité  à se mettre sur le bas-côté pour passer la nuit. Bref, ce Munich-Innsbruck demeurera dans le disque dur.

S’il préfigure de rencontres de légende à la Halle Olympique d’Innsbruck, pourquoi pas mais Il est permis d’en douter. Alors qu’à Turin et Madrid, les joueurs vont vivre des rencontres devant des tribunes bien garnies, les six pays désignés peuvent maudire le (mauvais) sort. Pour sa première sélection, Arthur Rinderknech  effectuera un transfert mental de ses années College au Texas où il défendait les couleurs de son Université dans des ambiances de dingue. Une pensée aussi pour Hugo Gaston, contraint de jouer le sixième homme sur le banc avec le masque sur le visage…

Désastre pour les organisateurs qui avaient tout vendu

Paradoxalement, la salle de presse est loin d’être mortuaire. Entre les équipes de com’ des six pays présents à Innsbruck, les photographes d’agences – les seuls accrédités – et les quelques journalistes, ça vit. Rien à voir, bien sûr, avec l’atmosphère d’une finale de Coupe Davis, où ça grouille de partout. La semaine précédant le lancement de la fameuse finale France-Suisse en 2014, au Stade Pierre Mauroy, restant un souvenir magique. Fausses rumeurs, spéculations sur la blessure au dos de Roger Federer, chambrage entre confrères: c’est ce qu’on adorait dans cette épreuve.

Confinement du pays oblige, la Fédération Internationale n’a toléré que les commentateurs radios sur place. RMC ayant dit banco, je retrouve donc mon collègue Tchèques et l’envoyé spécial de la BBC. La cabine est spartiate, la vue est en partie barrée par un câble qui supporte le panneau d’affichage mais, par les temps qui courent, on ne va pas se plaindre.

La patinoire a été aménagée pour accueillir 6 000 spectateurs. Tous les billets avaient été vendus. Tout comme les hospitalités-VIP. L’annonce gouvernementale, officialisée il y a six jours, a été vécue comme une catastrophe par les organisateurs.

Par les joueurs aussi: « En ce concerne le huis clos, on ne va pas avoir beaucoup de différences par rapport à ce qu’on a connu à Madrid en 2019, a glissé Nicolas Mahut. Pour nous, ça ne change pas grand-chose. L’excitation c’est le ‘survêt’ de l’équipe de France, c’est la fierté qu’on a de le porter devant vous. »

Il y a deux ans, à Madrid, pour le match France-Japon – programmé sur un court annexe de la Caja Magica – on avait recensé 200 spectateurs. La Marseillaise avait été douloureusement vécue. On n’ose imaginer l’ambiance à 16 heures.

 Deux moyens de « fuir » Innsbruck

Il y a deux moyens pour les Bleus de « fuir » Innsbruck pour retrouver de la vie à Madrid. Le plus rapide est aussi le plus risqué. Il faudrait être repêché parmi les deux meilleurs deuxièmes des six poules pour aller disputer un quart de finale mercredi ou jeudi à Madrid. Et si les Bleus remportent leurs deux rencontres ? Ils sont « condamnés » à rester quelques jours de plus en Autriche. Pour, pourquoi pas, défier la Serbie de Novak Djokovic. Tu parles d’un privilège…

La coupe Davis a beaucoup perdu de son attrait ces dernière années. Si, en plus, elle devient incompréhensible pour le grand public… La dernière idée de génie du groupe Kosmos de Gerard Pique serait de déménager la phase finale à Abu Dhabi.

Par Eric Salliot (à Innsbrück)

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