En Nouvelle-Calédonie, le cheval trait d’union entre les gendarmes et les tribus

Bourail, France AFP mercredi 22/12/2021 – Les quatre gendarmes à cheval alignent leurs montures à côté de celle de leur commandant dans la cour de la maison commune de la tribu Pothé, sur la côte ouest de la Nouvelle-Caledonie. La cérémonie de la coutume peut commencer.

« J’avais à coeur d’avoir un moment de partage avec vous », déclare au petit chef de la tribu le major Pascal Tamisier, après avoir déposé au sol un manou (un coupon de tissu), un pot de crème à tartiner et un sabot de cheval, des offrandes symboliques. 

« C’est une joie pour nous de vous accueillir. Vous pouvez fouler la terre parce que le geste a été fait », lui répond Raymond Aï, professeur de lettres et d’histoire au collège de Bourail, et petit chef de la tribu de Pothé.

Effectuer ce rituel, central dans la culture kanak, permet aux gendarmes de « rester en contact avec la population », assure le major Tamisier.

Les cinq militaires poursuivent leur tournée en allant rendre visite à plusieurs habitants de la tribu, sur leurs montures, des chevaux de taille moyenne, habitués au climat du Caillou, surnom donné à la Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique sud.

La mission essentielle du peloton de surveillance et d’intervention à cheval (PSIC) est de « faire du renseignement, voir l’ambiance sur le plan de la sécurité, ambiance économique également, car il y a beaucoup de gens qui ont de faibles moyens, donc on essaie de faire le raccord entre les autorités administratives du territoire et la gendarmerie », explique le major.

Si l’accueil est bon en général, ce n’est pas toujours le cas, observe David, membre de la Garde républicaine en poste à Paris qui démarre son deuxième séjour de quatre mois dans l’unité. « Il y a des chefs de tribus qui veulent pas nous voir dans leur tribu », explique-t-il.

Il arrive aux gendarmes de l’unité de partir une semaine dans la chaîne de montagnes qui occupe le centre de l’île « en nomadisation ». Ils apportent leur aide à d’autres brigades pour lutter contre le trafic de cannabis en repérant des plantations, faire respecter les lois sur l’environnement, rechercher des personnes disparues ou faire de la surveillance lors des grands rassemblements comme la foire de la mandarine à Canala, ville située sur la Grande Terre, principale île de Calédonie. 

« Un bon contact »

Des missions variées pour lesquelles le dénominateur commun est l’outil de travail: le cheval. Pour le major, « c’est un bon vecteur de communication puisque c’est un maillon commun entre les différentes communautés ».      

Dans cet archipel du Pacifique sud, le cheval tient toujours une place particulière, tant pour les Kanak que pour les éleveurs européens, même s’il est de moins en moins utilisé par les jeunes générations.

Le PSIC est composé de dix personnes, dont deux gradés permanents, six sous-officiers de la Garde nationale qui viennent pour une période de quatre mois et deux gendarmes adjoints, parfois issus du territoire, comme Tiphaine qui, sans être cavalière auparavant, a demandé à rejoindre cette unité qu’elle avait vu patrouiller souvent dans des manifestations sur le Caillou, pour la « découvrir de l’intérieur ».

Les gendarmes patrouillent en tenue de camouflage, sans l’uniforme bleu, mais en gardant un gilet pare-balle, sur des chevaux achetés en Nouvelle-Calédonie, connus pour leur résistance et leur rusticité. « Ca nous permet d’avoir un bon contact avec les tribus et les autorités coutumières », selon le major.

L’unité a été créée en 1986, pendant les « Événements », une période durant laquelle la Nouvelle-Calédonie a failli basculer dans la guerre civile.

« Aujourd’hui, il y a une autre manière de travailler, on est dans cette optique de l’échange », constate Félix, de la tribu de Ny, qui accueille les gendarmes au pied des cascades qui traversent son terrain.

Pour lui, leur démarche est positive: « Ils prennent le temps de venir partager, de venir discuter, c’est bien en tant que mélanésien d’avoir ces échanges ». 

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